Josef Koudelka en Terre sainte : «Un mur, deux prisons»

Lundi 20 Juin 2016 17:49:16 par Raphaël Abd El Nour dans Chroniques

GILO SETTLEMENT OVERLOOKING BEIT JALA. © Gilad Baram

   Le photographe franco-tchèque, dont la jeunesse fut marquée par la présence du rideau de fer, va vers d'autres remparts. Là où ses clichés du printemps de Prague de 1968 montraient la violence des hommes et de leur soulèvement, le choix de Koudelka en Terre sainte est de photographier seulement des paysages, sans présence humaine aucune. Une direction que Gilad Baram, réalisateur du documentaire «Koudelka : Shooting Holy Land» adapte à son film : silences, plans fixes et absence quasi-totale de narration donnent au long-métrage une force poignante et profonde.
 

    «Un mur, deux prisons». Ceux qui assisteront à la première de «Koudelka : Shooting Holy Land» le 24 juin prochain, dans le cadre du FILAF ( Festival international du livre d'art et du film ), à Perpignan, doivent s'attendre à ce genre de formules simples mais profondes que prononce le photographe. En une heure et dix minutes, Gilad Baram nous fait plonger dans le processus photographique de Josef Koudelka : celui d'un génie humble qui vit la photographie comme un pèlerinage. Le silence, la réflexion complexe et la simplicité de la démarche sont les conditions d'une œuvre photographique magnifique sur la tension qui plane perpétuellement sur cet épicentre du Moyen-Orient.

 


SHU'FAT REFUGEE CAMP, OVERLOOKING AL 'ISAWIYA, EAST JERUSALEM. © Josef Koudelka



    Le spectateur accompagne donc Koudelka dans sa lente marche, où il prend le temps de savourer chaque atmosphère des différents lieux visités. Le photographe nourrit une indignation contre ce mur stupide, froid et belliqueux qui est érigé en Cisjordanie. Cette absurdité tragique du conflit est en effet une des premières choses que souligne Koudelka, adossé au mur : «What a shit !», dit-il à la caméra avec un sourire. Il déplore le fait qu'un si beau paysage soit à jamais détruit par une espèce de guerre stable et silencieuse, symbolisée par le mur : «Jamais personne ne pourra rendre à ce lieu sa beauté.»
 


JOSEF KOUDELKA NEAR NABLUS © Gilad Baram




    Tout filtre est prohibé : pas de voix off, pas de bruit superflu. Gilad Baram choisit une façon de filmer qui est en elle-même photographique : les plans sont tous fixes, la caméra ne bouge pas, quels que soient les déplacements de Koudelka. Il sort du champ de la caméra, tourne le dos, gêne parfois ; il cherche son angle, l'angle unique qui fera la beauté de la photographie réalisée. Le film est lui-même une sorte de série de paysages, de paysages-photographies où Koudelka se fond.

 


AL 'EIZARIYA (BETHANY), EAST JERUSALEM. © Josef Koudelka





    De là découlent une intelligence et un professionnalisme impressionnants et rares, accompagnés d'une humilité profonde. Koudelka cherche à capter un angle unique, parfois improbable ( comme ci-dessus, où Josef Koudelka se met littéralement dans les barbelés pour prendre sa photo ), qui suffit à dénoncer par l'image un conflit éternel. C'est cette ambivalence entre silence et guerre, mur et mouvement que le photographe montre ; lui-même dit être animé par une «colère saine» qu'il estime nécessaire face à cette situation, à cette architecture qui détruit au lieu de construire.

 


JOSEF KOUDELKA IN GOLAN HEIGHTS. © Gilad Baram




    Le mur, la cloison, les barbelés, sont les symboles, matériels et silencieux, d'une guerre, d'un échec de l'entente entre les hommes. Le documentaire est ainsi émaillé de fulgurances remarquables du photographe sur son passé, sur la religion, sur l'emprisonnement... La photographie recherche ainsi l'expression sous-jacente de ces sujets à travers les émotions qu'elle procure. Ce but est atteint par Koudelka, au prix d'un long et laborieux travail : « Je sens qu'une image m'attend ici. » L'angle, une fois trouvé, résume et magnifie tout. Chaque lieu est pour la photographie une sorte d'énigme qu'il faut résoudre, et il est certain que Josef Koudelka en trouve la solution.

 


 

   Une distribution DVD est envisagée, mais pour l'instant le film est accessible aux Rencontres d'Arles, au Cinéma Actes Sud, aux séances suivantes :

--> Mardi 5 juillet, à 19h
--> Mercredi 6 juillet à 18h30
--> Jeudi 7 juillet à 19h
--> Vendredi 8 juillet à 14h
--> Samedi 9 juillet à 19h
--> Mardi 12 juillet à 14h.


Site du film
Page facebook



 



Raphaël Abd El Nour

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