L' « Afghane aux yeux verts » derrière les barreaux

Jeudi 27 Octobre 2016 13:21:54 par Emilie Lemoine dans Editos

Afghan Girl, 1984 © Steve McCurry
Laissez brûler les p'tits papiers. En 1965, la chevelure incandescente de Régine n'est pas encore choucroute. La baguette est à moins de 50 centimes et le pain au chocolat aux alentours de 1 Franc. La même année, Joseph Kessel se balade dans les rues de Kaboul et y loue, un peu trop béat sans doute, « les cris, les rires, le ruisselant murmure de la foule ». Depuis, l'eau et le sang ont coulé sous les ponts. L'Afghanistan a implosé et avec lui toute une région, provoquant le déplacement de millions de réfugiés. En quête de paix et souvent de papiers.

Sharbat Gula a été arrêtée au Pakistan pour détention de faux papiers. Vous ne connaissez pas ce nom et pourtant vous connaissez déjà son visage. Sharbat Gula n'est pour beaucoup qu'une paire d'yeux verts immortalisés par McCurry en 1984. Une Afghan girl anonyme, comme tant d'autres. Sauf que sa photographie est l'une des plus célèbres au monde. D'abord en couverture du National Geographic en 1985, puis chez tous les bons vendeurs de cartes postales. Elevée malgré elle au rang d'icône, elle plantait son iris émeraude droit dans le cœur de ceux qui regardait se jouer le drame de la guerre d'Afghanistan. Elle avait 12 ans et n'avait jamais été photographiée de sa vie. Six ans plus tôt, elle avait perdu ses parents dans un bombardement soviétique. En 2002, on l'avait retrouvée, grandie mais cachée sous une burqa prune, qu'elle avait ôtée pour l'occasion - non sans l'autorisation de son mari. « Ses yeux sont aussi envoûtants qu'à l'époque », a dit Steve McCurry en la photographiant de nouveau. Il a tort. L'éclat féroce de l'enfance a disparu derrière un masque d'Afghan woman qui a vécu et qui, de surcroît, ne doit pas regarder ou sourire à un homme qui n'est pas son mari.



Sharbat Gula, 2002, National Geographic © Steve McCurry
 


Quand Steve McCurry a appris son arrestation, il a promis son soutien légal et financier à la jeune femme et à sa famille. « Elle a souffert durant toute sa vie et son arrestation est une violation flagrante des droits de l'homme », a-t-il écrit dans un message posté sur Instagram. Sharbat Gula risque aujourd'hui la prison ou au mieux l'expulsion. Comme tant d'autres réfugiés aujourd'hui, dont nous ne connaîtrons sûrement jamais la couleur des yeux.





Emilie Lemoine

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