L'important n'est pas le parachute...

Jeudi 24 Novembre 2016 11:49:26 par Emilie Lemoine dans Editos

« Pénélooooooooooooope ! » Il en a manqué de s'étouffer avec sa tartine de rillettes matinale, le François. Sa douce Galloise a immédiatement couru à lui, inquiétée par les trémolos de rage qu'elle percevait dans la voix de stentor de son viril époux. Il était là, fébrile et éructant face à une verveine-citron, sa tablette affichant le fruit de sa colère. La photo du délit. Deux hommes nus aux corps glabres et musclés mimant une danse de luxure, insupportable à ses yeux : « Ils faisaient moins les malins en 1982... ». Pénélope posa sa main sur l'épaule de François et se dit, tout en réfrénant un frisson de plaisir, qu'il était peut-être temps pour elle de rechausser les pointes.

On ignore si cette scène de la vie imaginaire des Fillon s'approche plus ou moins de la réalité. Ce qui est certain, c'est que la dernière campagne de AIDES, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, n'a pas fini de provoquer des étouffements et fausses routes en tout genre. Que ce soit à base de rillettes d'oie, de puritanisme sans sel ou d'homophobie avec conservateurs. Et sans doute même parfois les trois à la fois. Avec les quatre photographies de Mathieu César, on est pourtant loin d'un petit matin à la Fistinière. On l'est encore plus d'un Mapplethorpe ou d'un D'Agata. Les images, dans en noir et blanc très léché, montrent un couple faisant l’amour lors d’une activité sportive ou artistique - ce qui n'est pas des plus facile on l'avouera. Allez donc essayer de coïter en parachute ou en plongée ! Plus sérieusement, le message de la campagne est simple : « Les séropositifs sous traitement ont beaucoup de choses à nous transmettre. Mais pas le virus du sida. »


Mais voilà, l'époque n'est ni à l'ouverture d'esprit ni à la décontraction de l'anus (et c'est bien dommage, tout le monde y gagnerait). On a déjà ici évoqué plusieurs fois les actes de vandalisme homophobes à l'encontre de plusieurs expositions photographiques. La semaine dernière, le responsable de la Manif pour tous dans l'ouest de la France, Louis Ronssin, se réjouissait des actions de « nettoyage » à l'encontre d'une autre campagne, celle du gouvernement pour la prévention du VIH à destination des homosexuels. Dans la foulée, des maires zélés interdisaient même son affichage dans leur ville. Mais surtout n'allez pas croire que cette censure soit motivée par la haine ou l'homophobie, grand dieu non ! Il est question ici d'enfants à protéger et de morale à préserver. Pas de souci avec les homos... enfin du moment qu'ils ne la ramènent pas trop quoi. Un peu comme ces racistes qui n'avaient aucun problème avec les Noirs, tant qu'ils s'asseyaient à l'arrière du bus ou qu'ils utilisaient des toilettes séparées. Separate but equal. Les bonnes bases de la ségrégation.

« Pour la santé publique et contre l'homophobie, je saisis la justice après la censure par certains maires de la campagne de prévention du VIH », a réagi Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, dans un tweet salutaire. Histoire d'appeler un chat un chat et de lui rappeler qui commande. La loi. Pas la foi.





Emilie Lemoine

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