Christophe Jacrot et la quête de l’hiver

Mercredi 28 Décembre 2016 12:37:57 par Jules Metge dans Expositions Chroniques

Le phare © Christophe Jacrot
Galerie de l'Europe 55 rue de Seine 75006 Paris France

Fasciné par les évènements météorologiques, Christophe Jacrot parcourt le monde depuis dix ans pour photographier le « mauvais temps ». Après sa série « Météores », consacrée aux villes sous la pluie, le photographe a capturé les tempêtes de neige islandaises. Ces clichés sont rassemblés dans un livre, « Snjór », et exposés à la Galerie de l’Europe jusqu’au 14 janvier 2017.



Le selfie © Christophe Jacrot



Chapelle blanche © Christophe Jacrot



Christophe Jacrot est parti à la recherche de l’hiver. Après une série sur la pluie Paris, New-York et Hong-Kong (« Météores »), le photographe se lasse des mégalopoles et veut photographier les grands espaces. Tout part d’un constat : « Cela fait deux ans que les hivers sont doux ». Il décide alors de partir pour l’Islande. A distance, il surveille la météo de l’île et saute dans un avion dès qu’on y annonce du mauvais temps. « Je regarde la météo pour trouver un coin avec au moins deux ou trois jours de tempête ».

Comme dans ces précédentes séries, la photographie se rapproche de la peinture : des paysages tellement épurés, des lignes si fines qu’on pourrait confondre certains clichés avec des dessins. C’est le cas de « La Plage », où l’oeil du spectateur semble perdu devant cet entremêlement de reliefs. Parfois, Jacrot joue avec les vitres sur lesquelles les flocons viennent se poser et fondre. L’image se brouille, comme si quelqu’un avait passé un chiffon sur une toile à peine achevée.


La ferme © Christophe Jacrot


La montagne magique © Christophe Jacrot
 

Lorsqu’il photographiait les mégapoles sous la pluie, il n’y avait jamais de portraits, que des silhouettes fragiles, pressées par l’urgence de s’abriter. L’émotion résidait peut-être là, dans cette vulnérabilité capturée par le photographe. Avec « Météores », on devinait les vêtements trempés, le parapluie devenu rempart dérisoire. Face au déluge, les habitants des mégalopoles courraient vers leurs vaisseaux de béton. La menace prenait la forme des gouttes. « La pluie est double », rappelle Christophe Jacrot, promesse de vie comme de catastrophe. Dans « Snjór  », la présence d’hommes et de femmes, toujours fugitive, est encore plus rare. Le seul être qui s’aventure dans le cadre du photographe est une touriste chinoise, venue se prendre en « selfie » sur la grève.

Mais le désert blanc n’est pas si vide. Les églises et maisons isolées sont le sujet récurrent de la série. Les paysages vierges sont rares, la plupart sont habités par l’Homme : une croix, un poteau ou un morceau de route sont les signes de sa présence. Christophe Jacot a tenu à inclure « un rappel de l’humain dans un pays au climat austère ».



La plage © Christophe Jacrot


La route bleue © Christophe Jacrot


La vague © Christophe Jacrot



Même si le changement climatique a motivé son exploration de l’Islande, Christophe Jacrot ne souhaite pas faire de ces photographies « un discours revendicatif ». Pour lui, la neige est avant tout « un vrai univers visuel à travailler, chargé d’une forte puissance narrative ». Ses clichés sont d’abord des oeuvres contemplatives, favorables à l’évasion poétique et imaginaire.

Le photographe a décidé de poursuivre ce thème hivernal. Ses prochains voyages seront aussi organisés par la neige : la Sibérie, les îles Féroé, le Japon. Quand d’autres espèrent arriver sous le soleil, lui s’efforce d’arriver au bon moment pour photographier le mauvais temps. Tout est une question de timing.

Jules Metge

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