Hannibal Volkoff, grandeur et décadence de l'underground parisien

Vendredi 06 Janvier 2017 11:21:57 par actuphoto dans Livres Chroniques

Dans son premier ouvrage Nous naissons de partout (2016), le jeune photographe français Hannibal Volkoff déploie l’énergie insoupçonnée de la jeunesse parisienne. Que ce soit dans des manifestations, des fêtes ou des orgies, il emmène partout son appareil photo pour capturer cette déraisonnable conscience des corps en liberté.


© Hannibal Volkoff



Sévissant depuis 2007, Hannibal Volkoff a cette particularité de répudier une photographie passive. Il ne se refuse pas le rôle de voyeur mais s’octroie toujours le droit d’être acteur : « Ce que j’ai photographié, je l’ai vraiment vécu », explique-t-il. Comme ses jeunes sujets sont engagés dans leurs révoltes, leurs excès, chacun de leurs gestes, Hannibal engage sa vie dans son œuvre. Influencé par les lectures de Georges Bataille, il photographie principalement les corps nocturnes, ceux qui se laissent envahir par le spectaculaire, libérant les désirs et éprouvant leurs limites. A la recherche de ce « vrai corps », il a parcouru les soirées des années 2010, entre la Club Sandwich et la Flash Cocotte où se côtoyaient alors des gothiko-glams et des néo-kitchs, des jeunes qui inconsciemment vivaient les derniers émois post-CPE lorsque « la jeunesse avait montré qu’elle pouvait s’organiser et gagner ». Des soirées encore libres où la drogue se partageait en toute impunité et où les corps s’aimaient parfois au plein milieu de la piste, comme on peut le voir sur ses photographies. Des soirées qui, selon lui, ne sont plus possibles aujourd’hui.


© Hannibal Volkoff
 

Il y a chez les sujets pris en photo par Hannibal Volkoff, une extravagance qui met au défi toute tentation de banalité. Il faut être le plus merveilleux, le plus « looké », le plus « star ». L’underground parisien qu’il photographie rêve de s’imposer comme un mouvement figuratif des années 2000-2010, à l’image des libertins ou des dandys des siècles passés. Il y a dans leur urgence à vivre cette volonté de créer un univers commun où ils pourraient trouver refuge face à la crise à venir. Hannibal Volkoff considère qu’ils ont vécu une période décadente que l’on pourrait associer aux années folles avec « ce sentiment, conscient ou non, qu’un danger arrive et que c’est le moment ou jamais de se défouler ». Alors on observe cette jeunesse rire, lire, danser, manifester, baiser, provoquer, vivre peut-être pour la dernière fois…



© Hannibal Volkoff


Dans ce soulèvement intime de chacun, Hannibal décèle une volonté de critiquer « l’ambiance collective de la société, rejetant ce que nos aînés attendaient de nous ». Dans la bêtise parfois grossière des plus jeunes, il voit une exhortation du corps inutile face au corps normé, salarial et capitaliste. De ces revendications taiseuses et inconscientes, on se dit qu’elles sont nécessaires mais comme elles le furent à chaque époque pour toute jeunesse. Héritier de Larry Clark, le travail d’Hannibal Volkoff est essentiel pour la génération Y, leur montrant que Paris est toujours une fête et qu’il n’y a rien à envier aux orgies des siècles passées. Mais c’est aussi cette hérédité qui constitue sa limite.



© Hannibal Volkoff


L’underground que photographie Hannibal est cet underground intemporel qui n'a ni âge, ni maison, ni nom... Il s’agit d’un antre dans lequel se succèdent les générations reproduisant, en pensant le contraire, ce que les anciens ont déjà expérimenté. Il est lieu de naissance de créations informes qui parfois éclosent, comme pour Hannibal Volkoff, mais recèle le plus souvent des visages juvéniles qui s’embourgeoiseront au rythme des rides qui travaillent déjà leur visage. Hannibal le constate lui-même : les soirées ne sont plus les mêmes, les gens sont plus individualistes. Il accuse la crise, nous accuserons le temps qui passe, car autre part, ailleurs, dans des soirées où il n’est pas invité, les corps continuent à se déchaîner, à s’aimer violemment et à expérimenter les plus in-expérimentales des substances. Le travail d'Hannibal est le témoignage vital d'une jeunesse émerveillée qui se voit aujourd'hui remplacée par une jeunesse plus sombre et plus violente encore.



© Hannibal Volkoff




 






Nous naissons de partout
aux éditions Les Presses Littéraires est disponible sur internet et dans les librairies suivantes :
Nantes : Librairie La vie devant soi ; Librairie les biens aimés
Bordeaux : Librairie Mollat
Lyon : Librairie Ouvrir l'oeil ; Le bal des ardents
Paris : Librairie les mots à la bouche ; Galerie Hors Champs

Commentaires

« "car autre part, ailleurs, dans des soirées où il n'est pas invité, les corps continuent à se déchaîner, à s'aimer violemment et à expérimenter les plus in-expérimentales des substances" .... Source? »

Ménagère de moins de 50 ans | Signaler un abus 2017-06-01 17:44:10

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