Veracruz, l'état qui assassine ses journalistes

Jeudi 02 Février 2017 15:12:59 par Emilie Lemoine dans Editos

11 Février 2016, Mexico: Manifestation en hommage aux journalistes du Veracruz assassinés (AFP Photo / Ronaldo Schemidt)
Selon que vous serez journaliste à Veracruz ou en Ile-de-France, les jugements de cour vous rendront mort ou vif. Dénoncer la malhonnêteté d'un Fillon peut certes vous attirer les foudres de ses camarades de jeu, mais a priori pas une balle dans la tête. Il en va tout autrement dans la belle contrée de Veracruz.

Reporters Sans Frontières vient de sortir un rapport accablant sur l'état mexicain qui pulvérise les records en matière d'assassinat de journalistes. On vous avait déjà parlé du photographe Rúben Espinosa dont le corps torturé, mutilé, avec une balle dans la tête, avait été retrouvé à Mexico le 31 juillet 2015 auprès de ceux de quatre femmes. Rubén Espinosa Becerril, connu pour son indépendance et son attachement à la liberté d'expression, avait dû fuir Xalapa, capitale de l'état, face aux menaces. Un mois après il était éliminé. Son plus grand tort ? Avoir accusé publiquement le gouverneur Javier Duarte de commanditer les diverses attaques contre la presse et contre lui-même. Mais des présentations s'imposent...

Nom : Javier Duarte de Ochoa.
Profession : gouverneur de Veracruz entre 2010 et 2016.
Particularité : 17 journalistes ont été tués pendant son « règne »
Situation actuelle : sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour corruption.
Bien avant de fuir : l'homme avait adressé un message aux journalistes de Veracruz en 2015 : « Soyez sages, nous savons tous que certains vont dans la mauvaise direction, nous connaissons ceux qui ont des liens avec la mafia. (...) Restez en dehors de tout ça, nous allons secouer l’arbre et les pommes pourries tomberont. »

Visiblement l'arbre a été bien secoué. 17 pommes plus tard, le bilan est terrifiant. Plus mortes que pourries d'ailleurs, car ces pommes ont des noms : Noel López, Miguel Ángel López Velasco, Misael López Solana, Yolanda Ordaz de la Cruz, Regina Martínez, Gabriel Huge Córdova, Guillermo Luna Varela, Esteban Rodríguez,Victor Manuel Baéz Chino, Gregorio Jiménez de la Cruz, Moisés Sánchez, Armando Saldaña Morales, Juan Mendoza Delgado, Rubén Espinosa Becerril, Anabel Flores Salazar, Manuel Torres et Pedro Tamayo Rosas. A eux s'ajoutent les « disparus » : Gabriel Fonseca, Miguel Morales et Sergio Landa.

Pour les journalistes encore en vie reste la peur. Comme celle qui ne quitte pas Sandra Segura, journaliste pour le quotidien Notiver depuis 20 ans. Elle a dû arrêter d'être protégée après un mois seulement, parce qu'elle n'avait pas assez d'argent ni de place dans son appartement pour loger les deux agents en charge de sa protection.

Tous les espoirs reposent désormais sur les épaules du nouveau gouverneur Miguel Ángel Yunes Linares, au pouvoir depuis le 1er décembre 2016. Ce dernier n'aura que deux ans pour tenter de changer les choses. Coincés entre une corruption politique centenaire et la violence des cartels, les journalistes de Veracruz restent perplexes. Comme le titre du livre de Miguel Ángel López Velasco, assassiné avec sa femme et son fils en 2011, le disait :  « Todos estan adentro » (Ils sont tous mouillés).



Plus d'infos : rsf.org/fr


Emilie Lemoine

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