Trop de Polaroid tue le Polaroid ?

Jeudi 16 Février 2017 15:34:59 par Emilie Lemoine dans Editos

Amanda Lepore By Gabriel Moginot, via Wikimedia Commons
Alors oui, c'est vrai qu'il peut être le meilleur ami de vos soirées. Toujours prêt à raviver votre teint blafard, effacer vos rougeurs ou matifier votre peau grasse. Là où une autre aurait trahi votre état d'ébriété avancé et vos problèmes d'épiderme, la photo Polaroid vous traite comme le prince ou la princesse que vous avez toujours voulu être après 12 pintes. Certes. Est-ce une raison pour privatiser la galerie du coin ou sortir un bouquin sobrement intitulé L'anniv à Jojo ? Rien n'est moins sûr.

Alors oui. Dieu est mort et l'argentique aussi. Le numérique l'a tué, mais l'argentique a ressuscité et fait son come-back car tout n'est pas perdu blablabla. Ça c'est pour le petit point rapide pour s'éviter de débattre pendant des heures et se poser des questions existentielles et fades du genre « Et toi t'es plutôt digital ou analog ? »,  « Couleur ou noir et blanc ? » ou « Modèles vivants ou charognes en putréfaction ? ». Ah non, celle-là on l'aime bien. Bref, si l'on peut se réjouir du retour de la vengeance de l'argentique, auquel le Polaroid participe à sa façon, on peut aussi émettre quelques réserves quant à la surestimation de ce dernier. So overrated comme on dit à Brooklyn.

Le dernier petit malin a en avoir joué et sorti dans la foulée livre et expo, c'est Jonathan Leder. Bon, il a ajouté l'ingrédient magique : Emily Ratajkowski toute nue, avec un tout petit peu de lingerie, dans toutes les positions possibles, plus mutines et coquines que tristes et pudibondes. Plutôt doigt dans la bouche semi-ouverte que doigt dans le nez. On apprend que la séance « Pola » en question s'est déroulée sur deux jours alors que la mannequin n'avait pas encore crevé l'écran en dansant dans le clip de Robin Thicke. Et bim, jackpot pour Jojo qui du coup ressort ses petites images amateur et mal cadrées quelques années après, en fait un bouquin à 80 dollars et une exposition à New York.

Des expositions de Polaroid, dans les faits, on n'a rien contre. Disons qu'on a quelques réserves. D'une, la taille des images donne un peu l'impression qu'on se balade à Legoland, visiteurs devenus géants face à des micro-photos où l'on distinguerait à peine un œil d'un téton. De deux, en parlant de téton, on pense aux instantanés d'Araki par exemple. Qu'on aime ou pas, ils s'inscrivent au cœur d'une œuvre qui les dépasse. Et heureusement. Or l'obsession Polaroid du moment voudrait donner du sens et de la beauté à un format qui n'a intrinsèquement pas cette prétention. Le Polaroid est souvent le coup d'essai du photographe avant de prendre sa photo avec son appareil. C'est d'ailleurs ce qui fait son charme, ce côté modeste, simple et maladroit. Un peu comme Kim Kardashian. D'ailleurs, elle aussi semble s'y être mise sur Instagram en publiant dernièrement des clichés qui ressemblent fort à des Polaroid re-photographiés.

Quand on vous disait qu'il était temps d'arrêter...



Emilie Lemoine

Commentaires

« Enfin un article pertinent et impertinent! »

Abscons | Signaler un abus 2017-17-02 10:48:45

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